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COPEPHOQUE


Mieux comprendre et réduire les interactions entre la pêche et les phoques

La présence du phoque gris, parfois appelé « loup marin », fait partie du patrimoine naturel breton. Les principales colonies régionales sont situées dans l’archipel de Molène et aux Sept-Îles, mais les zones fréquentées par les phoques s’étendent aujourd’hui sur une grande partie du littoral.

Cette évolution s’accompagne d’interactions croissantes avec la pêche professionnelle, en particulier pour les fileyeurs côtiers. Dans les Pays de Brest et de Morlaix, comme dans le Trégor-Goëlo, les pêcheurs signalent régulièrement des poissons consommés ou détériorés dans les filets, des dommages sur les engins et des pertes économiques parfois importantes.

Pour mieux comprendre ces phénomènes et rechercher des réponses adaptées, le Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Finistère et le Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins des Côtes-d’Armor ont construit le projet COOPEPHOQUE – Coopération internationale pour la compréhension et la gestion des interactions pêche–phoques.

Le projet est déployé sur trois territoires bretons particulièrement concernés : le Pays de Brest, le Pays de Morlaix et le Trégor-Goëlo, autour de la Côte de Granit Rose et de l’archipel des Sept-Îles. Il comporte également une importante dimension internationale, avec des coopérations prévues en Écosse, en Irlande et en Angleterre.

Pourquoi COOPÉ PHOQUE ?

Depuis une dizaine d’années, les professionnels constatent une augmentation des phénomènes de déprédation, c’est-à-dire la consommation ou la dégradation, par les phoques, de poissons déjà capturés dans les filets.

Ces interactions peuvent entraîner :

  • la perte totale ou partielle des captures ;
  • l’impossibilité de commercialiser certains poissons détériorés ;
  • des avaries sur les filets ;
  • un allongement du temps de travail ;
  • des déplacements ou des abandons de zones de pêche ;
  • une fragilisation économique des entreprises concernées.

Ces impacts sont particulièrement observés à proximité des principales zones de présence des phoques : l’archipel de Molène pour le Pays de Brest, les secteurs fréquentés entre la baie de Morlaix et la Côte de Granit Rose, ainsi que les Sept-Îles et le littoral du Trégor-Goëlo.

L’interaction entre les filets et les phoques gris a d’ailleurs été classée en risque fort dans les analyses « risque pêche » conduites par l’Office français de la biodiversité en partenariat avec les Comités des pêches. Il devient donc nécessaire de disposer de données solides et partagées, mais également d’étudier des solutions compatibles à la fois avec la protection des mammifères marins et avec le maintien d’une pêche côtière économiquement viable.

                                                                                       

Un projet en trois volets complémentaires

1. Coopération internationale et voyage d’étude

La problématique des interactions entre phoques et pêche ne concerne pas uniquement la Bretagne. Des pêcheurs, scientifiques et gestionnaires travaillent depuis plusieurs années sur ces questions en Écosse, en Irlande et en Angleterre.

Un voyage d’étude permettra à des pêcheurs professionnels, aux Comités des pêches et à leurs partenaires scientifiques et environnementaux de rencontrer notamment :

  • le Sea Mammal Research Unit de l’Université de St Andrews ;
  • des équipes de recherche de l’University College Cork ;
  • des organisations professionnelles de pêcheurs britanniques ;
  • des ports et des entreprises ayant déjà testé des dispositifs de réduction de la déprédation.

L’objectif sera de comparer les expériences, les méthodes de suivi et les solutions techniques, mais aussi d’identifier ce qui peut réellement être adapté aux pêcheries bretonnes. Cette coopération doit permettre de créer un réseau de travail durable entre pêcheurs, scientifiques et gestionnaires des différents pays concernés.

2. Mieux caractériser la déprédation

Avant d’envisager des solutions, il est indispensable de mieux connaître et d’objectiver les phénomènes observés.

Les dommages constatés sur les poissons ne sont en effet pas toujours faciles à attribuer avec certitude aux phoques. Le projet permettra donc de développer et d’harmoniser plusieurs outils :

  • enquêtes et collecte d’informations auprès des pêcheurs ;
  • photographies des poissons déprédatés ;
  • typologie des morsures et des traces observées ;
  • analyses ADN lorsque cela est possible ;
  • création d’une base de données commune au Finistère et aux Côtes-d’Armor ;
  • évaluation des conséquences économiques et opérationnelles pour les entreprises de pêche.

Les pêcheurs volontaires seront directement associés à la collecte des données. Les protocoles seront construits avec les partenaires scientifiques et les gestionnaires, notamment Océanopolis, le Parc naturel marin d’Iroise et la Réserve naturelle nationale des Sept-Îles.

Cette démarche permettra de mieux distinguer les dommages liés aux phoques des autres formes de dégradation et d’obtenir une vision plus précise de la situation dans chacun des trois territoires.

3. Étudier et tester des solutions de mitigation

Le troisième volet portera sur l’étude et, sous réserve des résultats des premières phases, sur le test en mer de solutions destinées à limiter la déprédation.

Le projet s’intéressera notamment à de nouvelles technologies acoustiques ciblées, appelées ASD/TAST, développées et testées au Royaume-Uni. Contrairement aux anciens systèmes produisant des sons répétés sur de longues périodes, ces dispositifs cherchent à provoquer une réaction ciblée du phoque lorsqu’il s’approche des engins ou des captures.

Les éventuels essais seront menés progressivement, avec des pêcheurs volontaires et sous encadrement scientifique. Ils devront permettre d’évaluer :

  • l’efficacité réelle des dispositifs ;
  • leur compatibilité avec le travail à bord et les engins passifs ;
  • leur acceptabilité par les professionnels ;
  • les risques d’habituation des phoques ;
  • leurs éventuels effets sur les autres mammifères marins, notamment les marsouins.

L’objectif n’est pas de déployer une solution prédéfinie, mais de vérifier de manière rigoureuse si les outils existants peuvent apporter une réponse adaptée aux conditions de pêche bretonnes.

Une coopération entre trois territoires bretons

COOPÉ PHOQUE repose sur une coopération étroite entre les Pays de Brest et de Morlaix, dans le Finistère, et le Trégor-Goëlo, dans les Côtes-d’Armor.

Chaque territoire présente des situations et des flottilles différentes, mais les professionnels sont confrontés à une même difficulté. Le projet permettra donc de partager les données, les méthodes et les résultats tout en tenant compte des particularités locales.

Cette organisation interterritoriale doit favoriser la construction d’une réponse cohérente à l’échelle régionale, plutôt que la multiplication d’initiatives isolées.

Un projet collectif pour une cohabitation durable

Le projet COOPÉ PHOQUE rassemble des pêcheurs professionnels, les CDPMEM 29 et CDPMEM 22, des scientifiques, des gestionnaires d’espaces naturels et des partenaires internationaux autour d’une ambition commune :

Mieux comprendre les interactions entre les phoques et la pêche afin de rechercher des solutions non létales, efficaces et adaptées aux réalités des professionnels.

À terme, les résultats permettront d’élaborer une feuille de route opérationnelle pour les pêcheries bretonnes. Celle-ci devra contribuer à préserver la viabilité des entreprises de pêche côtière tout en respectant le statut de protection des phoques et les objectifs de conservation du milieu marin.

Le projet est mis en œuvre avec le soutien du Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture, de la Région Bretagne et des dispositifs de développement local des territoires concernés.